L'AUTEUR

Marie-Christine Bellosta

Marie-Christine Bellosta est maître de conférences en littérature française à l'Ecole normale supérieure. En savoir plus...

DOCUMENTATION

Edito

De la maternelle aux premiers cycles universitaires et à l’IUFM, notre système éducatif va mal. Au niveau individuel, les effets de cette dégradation sont diversement ressentis par les élèves, les étudiants, les professeurs, les parents d’élèves, les employeurs… Au plan collectif, c’est un immense gâchis : en gaspillant les talents de sa jeunesse, la France dilapide ses chances d’avenir.
Il est urgent de rompre avec les illusions doctrinales et les erreurs qui ont conduit notre système éducatif dans cette impasse, et de débattre ouvertement des solutions qui se proposent.

26 mar. 2008

Le professeur, le gendarme, le commissaire, le procureur, le principal et le ministre

L’affaire de Berlaimont (Nord) est assez significative pour qu’on s’y arrête un moment. Comme d’habitude dans les « affaires », plusieurs dysfonctionnements se sont conjugués.

1. Le professeur
Les faits : au collège de Berlaimont, un élève de 6e a traité de « connard » un professeur de technologie devant toute sa classe, et celui-ci l’a giflé.
Premier dysfonctionnement. Un professeur ne devrait pas gifler un élève insolent ; il devrait toujours rester calme, qu’on le traite de « connard », de « sale feuj » ou de « vieille salope ». Certes, mais avouez que ce n’est plus un métier. Si l’on veut que cette profession devienne moins inconfortable, il y faudrait deux conditions :
— affecter un psychologue référent à chaque enseignant (comme en Allemagne), afin qu’il puisse, s’il le souhaite, parler avec quelqu’un des tensions psychiques qui résultent de l’exercice de son métier ;
— restaurer l’autorité du maître dès l’école primaire, comme y visent les programmes Darcos. Evidemment, les syndicats (les mêmes syndicats qui soutiennent l’enseignant gifleur dans l’adversité) ricanent devant cette restauration, s’ébaudissant de l’obligation de vouvoyer le professeur ou de se lever à l’entrée d’un adulte dans la classe. Sans doute croient-ils que le respect de l’autorité s’acquière par l’opération du Saint-Esprit ?

2. Le gendarme
Reprenons notre récit berlaimontais. Le père du garnement insulteur est venu au collège demander des comptes ; il y vint en uniforme de gendarme, étant gendarme et incapable de distinguer entre ses responsabilités de père et l’exercice de ses fonctions.
Deuxième dysfonctionnement. Certes, il est tentant d’utiliser les prérogatives de la fonction publique au profit d’intérêts privés, et il est humain de céder à la tentation, mais on aimerait être certain que ce fonctionnaire a été rappelé à l’ordre par sa hiérarchie.
Ledit gendarme a ensuite couru déposer plainte, manifestant par là sa solidarité avec son insulteur de fils. Il semble que son « raisonnement » ait été le suivant : un professeur ne doit pas pouvoir donner de gifle, puisque c’est interdit à un gendarme.
Troisième dysfonctionnement : ainsi donc il y a dans la gendarmerie des gens qui trouvent normal qu’un enfant traite un professeur de « connard » ? Et qui ne font pas la différence entre le passage à tabac d’un prévenu et une gifle de correction paternelle ? Cela mériterait que le (les) ministre(s) compétent(s) s'interroge(nt) sur la valeur des tests psychotechniques des concours de recrutement de ce corps ainsi que sur le niveau de diplôme requis pour y accéder. De fait, les exigences de qualification préalable n’ont pas changé depuis longtemps pour divers emplois publics « de catégorie C » chargés de l’ordre ou de la sécurité (adjoint de police, gardien de la paix municipal, sapeur-pompier, gendarme…) : on peut y accéder sans aucun diplôme ou nanti d’un simple CAP. Avec la démocratisation/massification de notre système éducatif et la distribution massifiée de nos diplômes secondaires (en 2006, 64,3% de la génération a obtenu le bac), la non-exigence de diplômes pour les personnels d'ordre et de sécurité est devenue inquiétante et il serait prudent de requérir au moins le niveau bac.

3. Le commissaire
En conséquence de la plainte du gendarme, la police d’Aulnoye est venue interpeller le professeur chez lui, et l’a gardé 24 heures en garde à vue.
Quatrième dysfonctionnement. Le ministre compétent pourrait-il rappeler aux fonctionnaires de police qu’ils ne sont pas salariés par les contribuables pour les humilier inutilement ?

4. Le procureur
Pour le procureur d’Avesnes-sur-Helpe, « cette garde à vue se justifiait », et voilà notre pauvre professeur inculpé pour « violences aggravées sur mineur ».
Cinquième dysfonctionnement. Seuls s’en étonneront ceux qui « font confiance à la justice de leur pays ». Pour ma part, je fais surtout confiance aux magistrats pour emboîter le pas aux gendarmes : nous avons une justice, sinon de classe, du moins de corporations. Et puis, d’Outreau à Berlaimont, du parquet de Boulogne-sur-mer à celui d’Avesnes, la magistrature adore se raconter des histoires de croque-mitaines où pullulent les persécuteurs d’enfants, du prêtre à la boulangère en passant par le conducteur de taxi…
Cette « justice »-là ressemble à un cauchemar, et l’on aimerait que soit approfondie la réflexion, entamée au lendemain d’Outreau, sur la pertinence de la formation dispensée par l’Ecole Nationale de la Magistrature.

5. Le principal
Dans cette affaire berlaimontaise, il y a quelqu’un dont personne ne parle, c’est le principal du collège. Tout juste comprend-on entre les lignes qu’il ne fut pas capable de dissuader le gendarme de déposer plainte et qu’il s’est satisfait d’avoir un professeur mis à pied pour gifle tandis que l’élève insulteur restait au collège sans autre sanction que de passer quelques jours en salle de permanence.
Sixième dysfonctionnement. Tant que les élèves sauront qu’ils peuvent traiter un professeur de « connard », de « sale feuj » ou de « vieille salope » sans rien risquer d’autre que d’aller en permanence, ils n’ont pas de raison de s’en priver… et les étudiant(e)s de licence auront raison de s’orienter vers un autre métier que professeur. Qui voudrait passer sa vie auprès de ces charmants bambins qui vous insultent avec la bénédiction de leurs parents, sans même pouvoir compter sur l’institution ?

6. Le ministre
Au moins le professeur de Berlaimont fut-il défendu par son ministre. M. Xavier Darcos calma les foudres rectorales, et sans pour autant justifier le geste malheureux de l’enseignant, il se porta au secours du fonctionnaire placé sous son autorité. Il renouait là avec une vieille et digne tradition républicaine : un ministre se doit de défendre ses personnels.
Sous la gauche, cette tradition s’était perdue. M. Claude Allègre ne disait que du mal des enseignants. Quant à sa « ministre déléguée », Mme Ségolène Royal, elle a poussé à ce qu’on applique à tort et à travers sa circulaire contre la pédophilie ; c’était un temps sinistre où la philosophie du ministère était de « préférer que neuf enseignants innocents soient poursuivis en justice, si cela permet de sauver un enfant de la pédophilie ». On ne sait pas combien de professeurs, victimes de calomnies enfantines, ont été brisés par l’ineptie de la « Justice » dans cette chasse aux sorciers. Mais la « Justice » n’en conçoit évidemment aucun regret ! Le 14 novembre 2007, le tribunal de Grande instance de Paris a débouté la famille de l’instituteur de Zittersheim, Paul J. . Sa famille plaidait contre l’Etat pour rétablir son honneur ; il s’était défenestré quand les gendarmes étaient venus l’interpeller chez lui sur l’ordre du parquet (de Saverne, cette fois) sans aucune enquête préliminaire (1).
Nos magistrats étaient atteints depuis 10 ans de la psychose de la pédophilie, voici que la psychose de la « violence aggravée » commence. Cela nous promet un riant avenir. La seule chose consolante pour nous, chers collègues, c’est qu’à voir le nombre des soutiens reçus par le professeur de Berlaimont, la France fait plus confiance à ses professeurs qu’à sa magistrature.  

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(1) Voir www.lefigaro.fr/france/20060316.FIG000000135_pedophilie_la_famille_d_un_instituteur_perd_contre_l_etat.html

Madame,

je lis avec attention tous vos messages, qui généralement sont en parfaite adéquation avec ma vision des problèmes qui touchent l'Education Nationale.

Mais ici et pour une fois, je ne suis pas entièrement d'accord avec votre analyse :
1. S'il est évident que le respect de l'autorité professorale doit être restauré, et que cela ne se fera pas par l'intervention du St Esprit
2. Et s'il est aussi évident qu'une gifle, même inexcusable, n'est pas une violence aggravée me semble-t-il, face à une insulte

... Il me semble que vous oubliez de mentionner plusieurs points qui donnent une autre perception des faits :

1. Le contexte : il s'agit d'un élève décrit comme timide et studieux - et d'un enseignant reconnu comme alcoolique (ce qui n'aide pas au self control et n'est gère excusable en cours)
2. Les prémisses : apparemment, l'altercation a un "avant" : l'enseignant aurait demandé à l'enfant de ranger certaines choses dans la salle de classe, et aurait notamment jeté par terre ses affaires.
3. Il aurait ensuite attrappé l'enfant par le col de la chemise (ou du pull) pour le plaquer contre le mur
4. C'est dans cette position que l'insulte aurait jailli.

Ce déroulement des faits a été donné dans plusieurs médias, notamment sur le site de SOS Education (mais pas seulement)

S'il est exact, l'insulte ne serait elle pas justifiée, voire même courageuse de la part d'un enfant face à un maître très grand, athlétique, plus fort physiquement, et se servant de son poste pour humilier et agir comme un "bully" ?

Encore une fois, si l'enchaînement des faits est celui que j'ai restitué, la violence irrationnelle et irresponsable de l'attitude de l'enseignant me semble beaucoup plus grave que l'insulte - ou que la gifle, qui n'est qu'une violence ponctuelle et physique.

Je reconnais que je suis peut être mal informée, mais cette version n'a jamais été démentie, ni "remplacée" par autre chose. Il n'existe à ma connaissance aucune autre version de l'escalade de la violence dans cette classe.

Pour conclure, je suis pour que les enfants se lèvent à l'entrée du maître. Pour le vouvoiement.

Mais je ne suis pas d'accord pour apprendre à ma fille le respect d'une personne individuelle dont l'attitude ne mérite pas le respect.

Qu'en pensez vous ?

Très cordialement
Merci, « Kiri », pour votre commentaire.

Avant de vous répondre, une remarque de droit. La notion de « violence aggravée » ne signifie pas que cette « violence » serait plus « grave » que l’insulte ; dans l’état actuel du droit, tout délit commis par une personne ayant autorité sur un mineur est « aggravé » de ce fait même. Si je gifle mon garagiste, c’est une violence ; si je gifle mon élève de lycée professionnel qui m’a traitée de « pétasse », c’est une « violence aggravée ». Je viens de prendre pour exemple imaginaire un lycéen pro, car c’est dans cette filière que l’insulte vole bas, et il est très important, pour ne pas dire urgent, de défendre les femmes qui y enseignent. Selon moi, on pourrait envisager plusieurs solutions :
— changer le droit : déqualifier ce genre de délit en « violence » simple, quand il a lieu en situation d’enseignement collectif. Notre droit date d’une époque (napoléonienne et machiste) où « l’autorité » signifiait vraiment une situation de force, et où il fallait veiller à ce que personne n’en abuse. Mais franchement, de quelle autorité potentiellement dangereuse peut bien jouir un professeur de 2008 ! Aujourd’hui, les élèves insultent d’autant plus volontiers les professeurs qu’ils savent que la loi leur interdit de toucher un seul cheveu de leurs agresseurs.
— accroître très notablement les sanctions scolaires pour les cas où l’élève commet un délit qui relèverait, s’il était adulte, de la correctionnelle (injure, vol, rackett, chantage, deal, coups…). Les violences contre les enseignants augmentent sans cesse (+7% en un an), et plus encore contre les personnels emblématiques de l’autorité : CPE, personnels de surveillance (+ 25%) (1). Hier, un élève de lycée professionnel a poignardé son camarade. Je serais favorable à ce que l’échelle des sanctions monte très vite, et à ce que ces sanctions ne consistent plus en l’exclusion de l’établissement, mais en l’exclusion de tout établissement public d’Education nationale.

Mais revenons à l’incident de Berlaimont, à votre commentaire et au sentiment que vous me demandez le concernant.

Vous me parlez de l’«alcoolisme reconnu» de l’enseignant en cause. C’est aller un peu vite. Qui en a parlé ? Le procureur a évoqué, au mépris du secret de l’instruction, et pour justifier a posteriori sa propre conduite, un alcootest fait au moment de l’arrestation. Début janvier, dans "La Voix du Nord", j’avais lu en effet qu’on avait fait subir un alcootest au professeur lors de son arrestation à son domicile, soit plusieurs heures après qu’il eut quitté l’établissement. Le professeur disait avoir bu deux ou trois bières en rentrant chez lui pour se remettre de ses émotions. C’est sûr qu’après avoir été traitée de « connasse » par un élève, l’avoir giflé, avoir vu un gendarme en tenue passer la porte de mon établissement sans y être appelé, et n’avoir pas été soutenue par mon principal, j’aurais bu un whisky !
Selon "La Voix du Nord" d’avant-hier, le procureur d’Avesnes souhaitait la procédure du plaider-coupable pour proposer « deux peines », je cite : « L’une relative aux violences aggravées commises sur l’élève insolent. L’autre pour une conduite sous l’empire d’un état alcoolique constaté le 22 février ». Cela ne prouve pas davantage que ce collègue soit alcoolique (car il arrive à des automobilistes non-alcooliques d’être arrêtés en état d’alcoolémie). Cela prouve surtout, à nouveau, que ce procureur marche main dans la main avec les gendarmes du lieu, et qu’il veut à toute force persuader implicitement l’opinion de l’alcoolisme du professeur. Drôle de « Justice ».
Mais supposons un instant que mon collègue soit alcoolique. Cela prouve-t-il qu’il ait été en état d’alcoolémie le matin du 28 janvier, au moment où il giflait cet élève ? Ce serait la seule chose intéressante à savoir.
Bien sûr, il existe de l’alcoolisme chez les enseignants : comme dans tous les métiers psychologiquement difficiles ; certains professeurs boivent, d’autres sont chroniquement en dépression, d’autres se tuent. C’est pourquoi je disais, dans le « 1 » de mon propos, qu’il fallait donner aux professeurs des psychologues référents, comme cela se fait dans d’autres pays d’Europe. Jusqu’à quand l’employeur-Etat fera-t-il comme s’il ignorait le nombre de troubles psychologiques connus de la Mutuelle Générale de l’Education Nationale ? Faudra-t-il que la famille d’une jeune femme suicidée fasse un procès à l’Etat pour faire reconnaître la dépression et le suicide comme maladies professionnelles ?

La narration que vous faites des faits scolaires précédant la gifle reflète votre point de vue de maman (ce que Jacques Julliard nommait récemment, dans « Le Nouvel Observateur », « l’idéologie maternitaire ») et l’on peut lui opposer, point par point, une contre-interprétation de professeur.

— Vous rappelez que cet élève était « décrit comme un élève timide et studieux ». Oui, mais sait-on par qui ? Par son papa et sa maman, qui ne savent pas comment leur enfant se comporte à l’école ? Par un principal qui ne met jamais les pieds dans une classe ? Par un professeur principal devant qui n’importe quel élève est plus « timide et studieux » que dans les autres disciplines ? Il me semble qu’on oublie une évidence de la vie pédagogique : chaque élève a ses têtes. Tel élève sage comme une image en français et en maths (parce que « ça compte »), ou dans telle ou telle discipline qui le passionne, peut se tenir mal dans les cours de disciplines réputées « mineures » (musique, gym, techno…). Pour ma part, du temps que j’étais une collégienne studieuse, j’organisais des chahuts contre les professeurs de musique que je jugeais « nuls » (les pauvres, quand j’y pense…), et je le faisais si sournoisement que cela ne m’a jamais empêchée de passer pour un enfant de chœur.

— Vous rappelez que le professeur a balayé d’un geste le bureau de l’élève, dont les affaires se retrouvèrent par terre, parce que l’élève n’obéissait pas à l’ordre de débarrasser une table. Personnellement, ça ne me choque pas a priori, parce qu'ayant enseigné, j’imagine un scénario probable.
Imaginez un instant : vous êtes dans votre classe, et vous donnez un ordre ; Untel n’obéit pas ; vous lui redonnez l’ordre et il prend une attitude physique ostentatoire de désobéissance : se vautre davantage sur sa chaise en étirant ses jambes, ou s’accoude à la table en appuyant sa tête sur son poing avec un regard qui vous toise et dit « cause toujours, tu m’intéresses ! », ou entame ostensiblement une activité personnelle autre (se met à faire un dessin, à ranger son cartable, à classer ses papiers…), ou etc.. Dans ce cas-là, vous faites quoi ? Je ne suis pas choquée qu’un collègue masculin et d’une discipline para-manuelle envoie valser les affaires de l’élève. Pas plus que je ne suis choquée qu’un père de famille de ma connaissance jette délibérément au vide-ordure des légos qui traînent encore sur le sol du salon deux heures après qu’il a demandé à son fils de les ranger ; ou par un père qui renverse par terre le contenu d’un tiroir de commode que sa fille n’a toujours pas rangé après trois sommations de sa mère… « Ca leur apprendra » (comme on dit) à obéir du premier coup la prochaine fois, à « ne pas se faire répéter 36 fois les choses ».
Certes, nous vivons dans une société où, même dans les familles qui, votant à droite, se croient non-soixante-huitardes, les parents s’usent à répéter leurs ordres dix fois (quand ils en donnent !), où chacun pratique l’éducation sous la forme d’une « négociation permanente » (dirait Cohn-Bendit) avec des enfants-tyrans. Mais ces familles doivent se faire à cette idée : à l’école, l’éducation n’est pas, ne peut pas être une « négociation permanente », tout simplement parce qu’on ne peut pas négocier avec 18 ou 31 volontés individuelles en même temps — et trouver quand même le temps d’enseigner quelque chose.

— Vous imaginez que l’élève fut « courageux » de traiter de « connard » le professeur en colère qui l’avait pris par le pull. Je n’appelle pas cela du courage, j’appelle cela de la provocation. En idiome scolaire, ce « connard ! » voulait dire « cogne si tu l’oses ! ». Que risquait l’élève à provoquer ainsi le professeur ? Rien. Rien, puisque les professeurs n’ont pas le droit de cogner, et qu’en plus il était fils de gendarme et se savait, à ce titre, couvert par une souveraine immunité. Biensûr, le professeur eut tort de céder à la provocation et de cogner. Mais vous observerez que, pour l’instant, c’est l’élève qui a gagné ; pour l’heure, la gendarmerie et sa séquelle judiciaire se liguent pour écraser le professeur avec toute la puissance de l’Etat. Ce gamin a ainsi apporté la démonstration magistrale que les fils de gendarme ne risquent strictement rien à refuser d’obéir, en classe, à l’ordre d’un professeur : si le professeur insiste, ils le traiteront de « connard ! », et si le professeur s’énerve parce qu’on le traite de « connard ! », ils le feront envoyer au trou pour cinq ans. Avec la bénédiction de tous les Lesigne, pardon, les Beffy, du parquet.

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(1) Chiffres fournis par le "Rapport de l’Observatoire national de la délinquance", CNRS Editions, 2007, p. 119. Il me paraît d’ailleurs vraisemblable que les enseignants sont tout autant victimes que les CPE et les surveillants, mais que cela n’apparaît pas dans les chiffres, les enseignants étant moins portés à dénoncer les violences qu’ils subissent.
Je dois dire que je suis assez outré par cette façon de nier les faits au point de se faire plus royaliste que le Roi. Et de nous ressortir carrément l'affaire d'Outreau à la rescousse : vous n'avez pas peur de faire dans l'outrancier !

Alors reprenons point par point :

1) La chronologie des faits : elle n'a jamais été niée par le professeur. En fait, le professeur lui-même l'avait donné telle quelle à un journaliste de l'AFP avant même que le procureur ne soit au courant du dossier (qui avait été traité par son substitut). Il s'agit donc bien d'un prof qui a jeté les affaires de l'élève par terre, puis l'a agrippé par le pull et l'a plaqué violemment contre un mur. Lui-même ne l'a pas absolument jamais contesté.

2) Si vous trouvez tout à fait normal qu'un professeur humilie puis violente ainsi un élève, alors pitié, pitié, ne venez pas faire les, passez-moi l'expression, "vierges effarouchées" si un élève utilise un langage de charretier par conséquent : à méthodes viriles, langage viril. Il est un peu facile de passer et d'excuser tout et n'importe quoi à des enseignants pendant qu'un enfant de onze ans serait censé avoir un comportement absolument irréprochable. Il me semblait, à moi, que les adultes se devaient d'être des exemples pour les enfants qu'ils ont à charge, et non l'inverse. A se demander qui est censé faire l'éducation de qui.

3) L'enfant, parlons-en. Comment sait-on qu'il est studieux et sérieux ? Par son carnet de notes. 16 de moyenne, 16,5 de note de vie scolaire, inscrit au tableau d'honneur, pas une appréciation négative de l'un de ses enseignants : tout juste un enseignant l'exhorte-t-il à prendre "davantage confiance en lui". Pas vraiment le profil d'une racaille, donc. Si c'est ça votre caïd, moi je veux devenir prof de 30 caïds. Et physiquement ? On parle d'un élève de 6ème, au mois de janvier : cela ne fait donc pas 6 mois qu'il a quitté l'école primaire. Âgé de 11 ans, il est réputé chétif, au point que ses camarades le surnomment "moustique". On dit de lui que physiquement, il fait huit ans.

4) Or, donc, cet enfant de onze ans, qui devait peser, à vue de nez, 28 kilos tout mouillé, pour environ 1m35, se retrouve plaqué violemment contre un mur par un mastodonte d'1m90 pour 100kg (je ne sais pas si vous l'avez vu, le José Laboureur, mais il en impose, physiquement). Et il faudrait attendre de lui, si j'ai bien compris, qu'il remercie son prof de l'avoir ainsi violenté, et si possible qu'il tende l'autre joue.

5) L'enfant ne l'a pas entendu de cette oreille. Qui le lui reprocherait ? Certainement pas moi. Je suis très profondément non-violent. C'est une conviction. Je crois que la violence ne résout rien et que c'est la pire des solutions à un problème. Mais s'il vient à l'idée d'une personne, quel que soit son statut d'autorité, de me plaquer contre un mur pour une raison aussi futile que ma lenteur, je m'engage personnellement à répliquer par tout moyen que je jugerais utile, et traiter la personne de "connard" sera bien la moindre des choses que je serais capable de faire. Rassurez-vous : cela ne m'a pas empêché de faire des études et d'obtenir des diplômes et même des mentions. Il faut dire qu'aucun de mes profs ne s'est jamais aventuré à lever la main sur moi, parce qu'il faut quand même rendre hommage à tous les enseignants qui ne cèdent pas à la facilité de jouer à kikalaplusgrosse (paire de biceps) avec un enfant de 11 ans (49 ans contre 11 ans ! Quel homme ! Quel courage !).

6) Résultat des courses, l'enfant se prend une gifle magistrale (100kg au bout d'une main, quand on en pèse 28 de son côté, ça calme), puis se fait à nouveau agripper par le pull et trainer à travers toute la classe pendant qu'il est en pleurs, "visiblement choqué" (le "visiblement choqué", c'est dixit le professeur lui-même, je signale comme ça au passage). La scène de violence fut telle que ce sont deux fillettes de la classe qui iront prévenir l'infirmière scolaire, en larmes tellement elles ont été choquées par la violence de la scène. Le petit Alexandre n'avait rien dit, ravalant ses larmes, et le prof n'avait rien dit non-plus à sa hiérarchie : mieux, il avait intimé à ses élèves de se taire sur ce sujet. (raté ! on aurait dû le prévenir que les filles sont des cafteuses)

7) L'alcoolisme du professeur : c'est lui-même qui l'a reconnu, en précisant que cela durait "depuis 4 ans". Tout en précisant bien-sûr que ça n'avait aucune influence sur sa pratique professionnelle, mais tout en reconnaissant que la veille de l'incident, il avait sifflé à lui tout seul pas moins d'une demi-bouteille de Ricard. Ce n'est peut-être pas de l'alcoolisme, mais je puis vous dire que personnellement, à partir du dixième de ce qu'il a bu ce soir là, je ne suis pas d'attaque pour travailler le lendemain matin.

7) Et donc si j'ai bien compris, le père n'aurait dû rien dire sur tout cela, pour la raison que, heu, bah qu'il est gendarme quoi. Les gendarmes auraient donc moins de droits que les autres citoyens ? Un peu hallucinant votre propos, d'autant que vous reconnaissez à demi-mot que ce n'est pas la gendarmerie qui s'est saisi du dossier, mais la Police Nationale.
Ha oui c'est vrai, il a été au collège en uniforme... c'est vrai que quand on vous téléphone en urgence au travail pour vous demander de venir au plus vite parce que votre fils a été agressé, votre premier réflexe c'est "bon, d'abord, enfiler des vêtements civils". Je ne crois pas. N'importe quel parent foncera voir son fils et s'assurer que tout va bien.


Tout ça pour dire quoi, finalement ? Que le pauvre petit professeur qui a limite tabassé un élève de onze ans est vraiment une pauvre victime dans la mesure où l'élève a laissé échapper un gros mot parce qu'il avait le trouillomètre à zéro ? Pitié...


Désolé, le ton est un peu désagréable (mais courtois, vous en conviendrez), mais je vous avoue être un peu las de lire toujours cette version déformée des faits, ce refus de voir l'évidence, et cette façon d'excuser l'inexcusable pendant qu'on lynche gentiment à travers tout le pays un enfant de onze ans. Onze ans ! Vous ne voulez pas lui fiche la paix ? Je vous jure qu'il en aurait besoin.

Si vous ne connaissez pas tous les faits, alors il valait mieux ne rien écrire. Si tous les français s'étaient abstenus de parler d'une affaire dont ils n'avaient pas tous les tenants et les aboutissants, ils auraient évité à un enfant de onze ans de se retrouver en suivi psy à cause de la campagne de lynchage qui a été orchestrée contre lui.


Je trouve détestable cette façon de tout pardonner à des quinquagénaires adultes et responsables, professionnels de surcroît, pendant qu'on condamne un enfant de onze ans pour un gros mot.

J'ai choisi de faire l'inverse, et d'apporter un peu de soutien moral à un enfant agressé, puis surtout lynché par l'opinion publique sur la foi d'une version des faits dont on ne sait trop d'où elle sort (pas du professeur en tout cas).

Et je l'assume pleinement. Parce que je crois que ce n'est pas menacer les profs ni nier leurs difficultés que de signaler qu'il existe aussi quelques brebis galeuses dans la profession. Et parce que je crois que ce n'est pas défendre la délinquance que d'apporter un peu de soutien à un enfant violenté.


Désolé, donc, de ne pas voir les mêmes dysfonctionnements que vous.

Et d'oser, avec mes gros sabots, signifier l'existence d'une pétition de soutien au petit Alexandre, fort de nos près de 700 signatures (contre 60 000 environ pour José Laboureur).
http://petition.et-pourtant.org


Bien cordialement tout de même,
Samuel Arvidsson.
Merci, Samuel, d’avoir consacré à mon billet un commentaire aussi long que lui. Cependant ce commentaire me surprend. Ai-je nié que la gifle donnée par ce professeur à cet élève était un premier dysfonctionnement ? Elle est le premier dysfonctionnement que mon billet signale !
Mais je jetais ensuite un cri d’alerte concernant d’autres dysfonctionnements : le manque de discernement d’un gendarme, celui d’un commissaire de police, celui d’un procureur.
Vais-je y renoncer ? Certainement pas.
Vais-je renoncer à penser et à dire qu’il y a un problème de recrutement ou de formation dans la gendarmerie alors qu’un gendarme de Draguignan vient de tirer 7 fois sur un détenu menotté qui s’enfuyait sans menacer personne - et de l’assassiner de trois balles dans le corps ?
Vais-je renoncer à penser et à dire qu’il y a un problème d’encadrement dans la police alors que deux ou trois policiers fin soûls viennent de terroriser des passants du 10e arrondissement de Paris avec leurs armes de service alors qu’ils n’étaient pas en service – et d’en abattre un d’une balle dans le dos ?
Vais-je renoncer à penser et à dire qu’il y a un problème de formation dans la magistrature après que le tribunal de Lille vient de s’illustrer en prononçant la nullité d’un mariage pour cause de non-virginité de la mariée ?
Il y a, selon moi, une hiérarchie dans les dysfonctionnements qui affectent aujourd’hui l’ordre républicain – et une gifle donnée par un professeur est très loin d’être le plus grave. Que les corporations de fonctionnaires chargées de faire prévaloir l’ordre et la justice commencent par balayer devant leur porte et par exposer publiquement les moyens qu’elles vont prendre pour en finir avec leurs bavures et impairs, et l’Ecole aura moins de difficulté pour en inspirer le respect aux futurs citoyens qu’elle forme. J’approuve pleinement qu’on donne à l’Ecole cette mission comme « mission première » (je n’ai pas négligé de mêler ma plume aux nouveaux programmes de l’école primaire qui insistent sur l’éducation civique), mais cette mission est un discours aux nuages si la gendarmerie, la police ou la justice manquent à leur devoir tous les quatre matins.
Cordialement à vous aussi, bien entendu. Après tout, nous ne faisons que « causer », comme on dit.
l n'y a pas photos même gendarme ou président de la république ce personnage doit éduquer son gosse si un des miens faisait ça j'irais voir le prof et je lui demanderais des explications. après analyse des faits 20% de vérité pour l'enfant 80% pour l'adulte.
si le prof exédé a eu raison, une remontrance au prof suffit et une grosse giffle pour ce gamin......
ce n'est pas la peine de médiatiser cette affaire pour
detruire la vie de quelqu'un.

vive le retour aux anciennes valeurs